C'est avec tristesse que j'ai appris hier soir la mort de Mahmoud Darwich. J'avais découvert ses poèmes à la fin des années 1980.
Il vient de s'éteindre aux États-Unis. Grand intellectuel, Mahmoud Darwich était un combattant infatigable du droit des Palestiniens à une terre. Il a vécu les affres de son peuple et ses espoirs aussi. Il a connu l'injustice et l'exil. Militant au Parti communiste israélien dans les années 1960, il avait été un dirigeant de l'OLP et un animateur de la vie culturelle et intellectuelle palestinienne. Son rayonnement international en avait fait une voix pour une issue progressiste au conflit isrélo-palestinien. Militant de son peuple et de sa terre, poète de la conscience
selon les mots de la députée palestinienne Hanane Achraoui, Mahmoud Darwich a produit une oeuvre immense, sensible et pure. Pour en avoir un aperçu, on peut se rendre sur ce site.
A l'heure où la Palestine s'enlise dans la guerre civile, sa voix manquera.
''Sur cette terre
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le soulèvement aux conquérants.
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.
Mahmoud Darwich. 1986''