Yannick Bedin

Conseiller municipal de Bourges et Bourges Plus Secrétaire de la section de Bourges du PCF

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Bourges : non au travail du dimanche !

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Nous avons tenté d’imposer un débat de fond jeudi sur la question de l’ouverture jusqu’à douze dimanches par an des commerces de Bourges comme le permet la loi Macron. Difficile quand beaucoup ne s’en tiennent qu’à la forme mais utile en ces temps de brouillage continuel des repères politiques essentiels. Ce débat a quand même permis d’aboutir au vote contre de tous les conseillers municipaux d’opposition, y compris socialistes.
Je vous livre donc mon intervention prononcée hier.

Conseil municipal 17/12/2015
Intervention de Monsieur Yannick Bedin (PCF)/ Groupe Bourges Ensemble au conseil municipal de Bourges

Monsieur le maire, chers collègues,

Vous nous proposez d’émettre un avis favorable à la demande de dérogation au repos dominical des salariés du commerce. Cela ne vous étonnera pas que notre groupe s’oppose à cette demande, comme je l’avais déjà exprimé à la dernière réunion du Conseil d’agglomération.

La très réactionnaire loi Macron vous permet de demander une telle dérogation. Cette loi Macron, tout droit sortie du fin fond du 19ème siècle et de la révolution industrielle, d’une époque où le monde du travail n’avait pas les organisations syndicales et politiques pour se défendre efficacement, surgit aujourd’hui alors que celles ci sont affaiblies. Il y a là comme une revanche de ce patronat rétrograde qui de tout temps a voulu rogner le temps libre des travailleurs, s’est opposé, a voulu et veut détruire les lois sociales et le code du travail. Le plus terrible pour nous sur ces bancs, c’est que c’est sous un gouvernement et une majorité dits de gauche, que les forces de l’argent sont en passe de réaliser leur rêve de toujours. Cette loi Macron qui se drape dans les habits d’un réalisme économique d’un autre âge, dont vous vous faites dans le champs politique les défenseurs, cette loi Macron, reflet des dogmes libéraux les plus anciens, nous est aujourd’hui par le biais du rétablissement du travail du dimanche, soumise pour approbation.

Monsieur Macron comme ceux qui ont voté ou défendent cette loi, plaident pour « la liberté du travail », « la liberté de vouloir gagner plus en travaillant le dimanche ». Vous le savez, c’est parce que les salaires sont bas, c’est parce que la précarité, les temps partiels imposés, sont importants dans la grande distribution, que nombre de salariés acceptent de travailler le dimanche et de sacrifier ainsi du temps libre, leur vie sociale et familiale. Augmentez les salaires, résorbez la précarité et vous verrez si le nombre de volontaires pour travailler le dimanche est important !

Malheureusement, ce gouvernement comme les précédents préfèrent multiplier les cadeaux aux grandes entreprises, avec le crédit d’impôt de 50 milliards par exemple, que de relancer une politique salariale audacieuse et qui permette à chacun de vivre bien. On le voit malheureusement encore avec l’annonce indécente et cynique d’une augmentation du SMIC de 0,6% par un gouvernement dont plusieurs ministres paient l’ISF. Et parmi les bénéficiaires de ces cadeaux fiscaux les groupes de grande distribution qui réclament de pouvoir ouvrir le dimanche.

On le voit, le travail du dimanche, en dehors des secteurs indispensables, relève d’une vision dogmatique et sectaire d’un monde économique organisé dans l’intérêt d’une petite minorité.

Ainsi déjà en 1786, Étienne Mayet, membre de la chambre royale des manufactures et lui même dirigeant d ’une fabrique écrivait, je cite

« Pour assurer et maintenir la prospérité de nos manufactures, il est nécessaire que l’ouvrier ne s’enrichisse jamais, qu’il n’ait précisément que ce qu’il lui faut pour se bien nourrir et se vêtir. Dans une certaine classe du peuple, trop d’aisance assouplit l’industrie, engendre l’oisiveté et tous les vices qui en dépendent. A mesure que l’ouvrier s’enrichit, il devient difficile sur le choix et le salaire du travail. Le salaire de la main-d’œuvre une fois augmenté, il s’accroît en raison des avantages qu’il procure. Il est donc très important aux fabricants de Lyon de retenir l’ouvrier dans un besoin continuel de travail, de ne jamais oublier que le bas prix de la main d’œuvre leur est non seulement avantageux par lui-même, mais qu’il le devient encore en rendant l’ouvrier plus laborieux, plus réglé dans ses mœurs, plus soumis à leurs volontés."

« Pour moi, la vérité, c’est qu’un ouvrier bien portant peut très bien faire ses dix heures par jour et qu’on doit le laisser libre de travailler davantage si cela lui fait plaisir." Henri Schneider, grand patron d’industrie en 1897 soit un siècle après à propos du débat sur la journée de 8h.

La liberté mise en avant par les défenseurs du travail du dimanche, c’est une servitude en vérité. Les actionnaires et les grandes entreprises réclament toujours plus de déréglementation, non pas dans l’intérêt de tous, mais pour garantir des profits en maintenant les bas salaires. Et qu’on ne nous dise pas qu’à Bourges, ouvrir plus de dimanches est un besoin comme dans certaines zones touristiques à Paris par exemple : les quelques dimanche ouverts déjà montrent que ce n’est pas le cas. En réalité, ce dont les gens ont besoin ce n’est pas de temps pour consommer, c’est de revenus suffisants pour vivre bien !

Le travail du dimanche est une régression sociale pour le monde du travail. C’est aussi un danger pour la société. Nous ne seront pas les complices de mesures qui contribuent à désagréger la société, à fragiliser la vie de famille des salariés, à saper la vie sociale. Le dimanche, c’est le jour de repos, c’est le jour où on se cultive, où l’on fait du sport. C’est le jour de la paresse aussi si l’on veut pour certains, de la vie spirituelle pour d’autres. C’est le jour où l’on peut donner de son temps pour les associations et les clubs sportifs. Bref, c’est le jour où on fait autre chose de sa vie que de travailler pour autrui.

Alors que notre pays traverse une crise de sens et de valeurs dont les élections régionales sont le reflet, nous ne pouvons approuver une telle dérogation qui finalement contribue à faire passer la consommation comme le but ultime de la vie sociale et de la vie tout court alors qu’il y a tant besoin de lien social et de vivre ensemble.

Enfin, comment ne pas s’étonner que vous nous soumettiez cette délibération, sans aucune précaution aucune, alors que nous savons que l’ouverture des grands magasins le dimanche à Bourges, mais aussi à Saint Doulchard et à Saint Germain du Puy, c’est à dire dans les zones commerciales les plus vastes de l’agglomération, est nuisible au petit et moyen commerce. Vous savez que ces ouvertures, et nous comptons des témoignages parmi les commerçants de Bourges, mettent les petites enseignes sous pression. Cette délibération intervient après celle concernant l’office de commerce et de l’artisanat de Bourges censé dynamiser le centre ville. Or, permettre aux grandes enseignes d’ouvrir le dimanche, c’est une concurrence terrible pour les boutiques de l’hypercentre déjà bien mal en point. Il y a besoin d’un moratoire dans l’extension et l’implantation de nouvelles enseignes dans les zones commerciales. Nous aurions pu aussi pensé à demander une dérogation à la loi compte tenu de la situation du centre ville, de ces boutiques qui ferment ou qui peinent, du centre commercial Avaricum dont on ne connaît pas le bilan. A quoi sert l’office du commerce, si ce n’est pas à réfléchir aux grands équilibres à l’échelle du centre et de l’agglomération en matière de commerce ? Avouez que vous ne donner pas là un signal positif aux commerçants de notre ville.

Parce qu’elle est marquée du sceau de la régression sociale et humaine, parce qu’elle est un non sens pour notre ville et l’agglomération et leurs commerces, nous nous opposerons à cette demande de dérogation.

Je vous remercie.

Illustration : Fernand Léger, La partie de campagne, 1953

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