Yannick Bedin

Conseiller municipal de Bourges et Bourges Plus Secrétaire de la section de Bourges du PCF

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L’hommage rendu à Pierre Ferdonnet

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J’ai prononcé, au nom de la Fédération du Cher et de la section de Bourges du PCF, l’hommage des communistes à Pierre Ferdonnet dont les obsèques avaient lieu mardi 15 janvier. En voici le texte.

Ma chère Madeleine, chers camarades et amis

Je veux ici témoigner de toute la peine qui est la nôtre, communistes du Cher et de Bourges, devant la perte de notre camarade Pierre. Je veux t’assurer Madeleine, ainsi que toute ta famille, de l’amitié et de la solidarité des communistes berrichons.

Qu’il est difficile de saluer une dernière fois un camarade et un ami comme Pierre.

Mais quel bonheur de se dire qu’on a connu un militant et un homme de cette trempe et de cette envergure. Oui, nous pouvons dire que nous avons eu le bonheur et la chance de militer toutes ces années à ses côtés. Pierre a été, est et demeurera un exemple pour les communistes de cette ville et de ce département.

L’exemple d’un homme fidèle, courageux et généreux.

Fidèle à ses convictions et à son parti. Pierre allait cette année prendre sa 76ème carte au parti communiste français. C’est peu dire que sa vie et celle du Parti se confondaient ! Pierre est resté jusqu’au bout un militant actif : il y a un mois encore, je vous accueillais Pierre et toi Madeleine, à notre fédération pour voter au 36è congrès. Pierre était attentif, aux évolutions du PCF : tour à tour inquiet ou enthousiaste, toujours lucide sur les enjeux, ne cédant jamais à la facilité et à l’air du temps.

La fidélité de Pierre, c’est d’abord celle à sa classe, la classe ouvrière, et à son parti le PCF. Jeune ouvrier, Pierre adhère au parti communiste « comme on va à la fontaine » disait Picasso. Dans l’élan du Front populaire initié par le PCF, Pierre rejoint les jeunesses communistes et le Parti à 17 ans. Il organise la solidarité avec la République espagnole étranglée par le fascisme. C’est aussi l’époque des conquêtes arrachées par le monde du travail : congés payés, semaine de 40h, conventions collectives, obligation scolaire portée à 14 ans, hausse des salaires. Comme beaucoup Pierre croit les jours heureux arrivés. Mais c’était sans compter avec le pouvoir des financiers de l’époque, les « 200 familles », les trahisons et les compromissions de leurs valets, qui feront échouer le Front populaire, préparant et souhaitant la défaite de 1940.
Dans la Résistance, avec les Jeunes communistes de Vierzon, puis dans les maquis FTP de Corrèze, dans les camps de concentration où Pierre est déporté avec Marcel Paul à Auschwitz, à Buchenwald et à Flossenburg, Pierre a résisté avec des communistes et d’autres, de toute nationalité. Revenu des camps, Pierre reprend ses activités politiques et syndicales au sein du PCF et de la CGT. Il devient secrétaire de la section de Bourges du Parti communiste, située alors rue Mirebeau, en charge de l’organisation, en 1955 aux côtés de notre camarade Maurice Renaudat, jusqu’en 1973 où il est remplacé par notre camarade Guy Quenet. Pierre conserve ses responsabilités au bureau de la fédération et siège à la section de Bourges. Il est élu sur la liste d’union de la gauche en 1977 : il devient maire adjoint en charge de la sécurité et aux anciens combattants dans cette équipe municipale de batisseurs conduite par Jacques Rimbault puis par Jean-Claude Sandrier. Pierre participe ainsi au développement extraordinaire de Bourges durant 18 ans : une période où notre ville a vu sortir de terre les plus belles réalisations et où la vie démocratique était à son apogée. Il servira à ce poste Bourges et les Berruyers jusqu’en 1995. Il sera aussi le candidat du PCF aux élections cantonales dans le canton 2 de Bourges, dans ce canton où il habitait avec Madeleine depuis si longtemps et où ils militaient dans la cellule Gaston Cornavin.

Pierre était un homme courageux. Il n’a pas 20 ans quand en 1940, il s’organise avec les jeunes communistes de Vierzon par groupes de trois (les JC étant interdites) pour imprimer des papillons hostiles à l’occupant, distribués ou collés dans la ville. Échappant de peu à une arrestation, il est alors condamné par contumace à cinq ans de travaux forcés en 1941. Pierre se cache à Paris, rejoint avec son camarade Jacques Meunier les maquis de Corrèze où il mène des opérations de sabotage du ravitaillement allemand mais aussi contre les agents de la gestapo. Arrêté en 1943, Pierre est transféré à la prison de Fresnes, puis au camp de Compiègnes avant d’être déporté vers Auschwitz dans le fameux convoi des tatoués, en répression de l’attentat contre le ministre Pucheu. Pierre échappe à la chambre à gaz ; il est alors transféré dans les camps de Buchenwald puis de Flossenbürg. Malgré le danger, la faim, le froid, la fatigue, la soif, les coups et les brimades, Pierre poursuit la Résistance, avec des déportés de plusieurs nationalités, dans le camp, sabotant la production allemande des avions Messerchmitt à laquelle il est affecté. Pour reprendre les mots de Marie-Claude Vaillant Couturier, Pierre a résisté à cette « immense entreprise de déshumanisation et d’avilissement » qu’était la déportation.

Généreux enfin, Pierre l’a été toute sa vie. D’abord parce qu’il l’a consacrée aux autres, aux plus humbles, aux exploités. Ouvert, à l’écoute, il a oeuvré au service du monde du travail et au service des Berruyers. De son histoire personnelle dans la Résistance et les camps, Pierre n’en a jamais tiré gloire. Modeste, il s’est attelé à témoigner, convaincu avec Paul Eluard que « si l’écho de la voix des déportés faiblit, nous périrons ». Il n’a eu de cesse avec toi Madeleine, de faire partager son expérience et celle de tes parents durant les années noires de l’Occupation et de la déportation, aux militants, puis aux jeunes générations. Je peux témoigner comme enseignant de l’impact de votre action au sein des collèges et des lycées de ce département, dire combien les élèves, et les miens en particulier (les plus anciens me parlent encore de ces rencontres dans mon collège), ont puisé dans votre histoire les éléments de réflexion pour aujourd’hui et demain : la nécessaire vigilance contre le fascisme et l’extrême-droite sous toutes ses formes, la défense des libertés et des acquis démocratiques et sociaux du monde du travail et du peuple. C’est comme témoin et acteur de cette histoire que j’avais demandé à Pierre d’intervenir au Monument de la Résistance le 4 septembre 2010 devant plus de 500 manifestants contre la politique de la droite au pouvoir qui avait ré ouvert la chasse au Roms dans notre pays. Pierre avait rappelé combien la France avait souffert du racisme érigé en politique d’État. L’histoire comme la mémoire n’avait de sens pour Pierre que si elles servaient d’abord à mettre en garde contre le « retour de la bête immonde dont le ventre est toujours fécond » ainsi que nous le rappelle Bertold Brecht.

C’est pour rendre hommage au Résistant déporté, à l’élu, au responsable politique que Pierre a été, à cette vie au service du bien commun, que les élus communistes de Bourges, Fabienne ,André, Jean-Michel et moi, demandons qu’une rue de Bourges porte son nom.

Toute sa vie d’homme et de communiste, Pierre l’a employé à promouvoir le progrès social et les libertés avec un désintéressement qui force l’admiration et le respect.
Pierre a vu juste toute sa vie ; il a fait les bons choix.

Pierre, pars tranquille. Les communistes ne t’oublieront pas. Tu restes une référence pour toutes les générations de communistes, des plus anciens à nos plus jeunes comme Raphaël 16 ans avec qui tu as déposé une gerbe à notre monument aux morts en septembre dernier et pour qui tu demeures un exemple.

Oui Pierre, pars tranquille, le flambeau est passé.

Aujourd’hui et demain, nous poursuivrons ton combat pour un monde de justice débarrassé de la souffrance sociale, de la dictature des marchés financiers, des inégalités.

Ton expérience, ton engagement, tes convictions nous nourrissent et nous éclairent.

Nous avançons avec le même esprit de résistance, de rassemblement et de construction pour bâtir un autre monde.

Salut Pierre.

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