Il y a 70 ans triomphait le Front populaire en France. Le 3 mai 1936, l’union des forces de gauche (PCF, SFIO, Radicaux) remportait la majorité des sièges à l’Assemblée nationale autour d’un programme de transformation sociale, porté par un formidable élan populaire.
Ce programme n’a pu être mis en œuvre que grâce à la mobilisation sociale avec les grandes grèves de mai-juin 1936, aboutissant aux accords Matignon et aux grandes lois sociales (semaine des 40 heures, congés payés, allongement de la durée de la scolarité, hausse des salaires…).
Célébrer cet anniversaire, ce n’est pas seulement se souvenir d’un temps lointain. C’est aussi tirer les enseignements pour aujourd’hui, et dans les conditions que nous connaissons.
Aujourd’hui, il est troublant de voir combien les similitudes sont fortes avec cette période. Le Front populaire est né de la volonté de briser la menace fasciste, de combattre le chômage et la crise qui sévissait en France. 70 ans après, le racisme et l’extrême-droite prospèrent sur le terreau de la misère, de la précarité et de la crise de régime. La droite remet en cause les avancées de cette période : allongement de la durée du travail, recul dans la durée de la scolarité obligatoire (avec l’apprentissage à 14 ans) notamment. Elle est frappée par un scandale politique (l’affaire Clearstream). Quant à la gauche, elle est divisée entre ceux qui veulent accompagner la mondialisation libérale et ceux qui la remettent en cause et veulent changer la donne. Il est à noter que le début du renoncement d’une partie de la gauche date en partie de la fin du Front populaire: assez vite, les acquis de 1936 seront remis en cause, provoquant l’implosion du Front populaire.
Battre la droite et réussir à gauche, pour reprendre le slogan du PCF et de Marie George BUFFET, nécessite la rencontre d’un mouvement social offensif et d’ampleur et d’une gauche de transformation sociale, comme en 1936. Actuellement ce mouvement social existe ; la gauche sera-t-elle au rendez vous pour répondre à ses attentes?
NB : l’historienne Annie LACROIX-RIZ vient de publier chez Armand Colin, Le choix de la défaite, les élites françaises dans les années 1930. Elle montre comment dans cette période, les élites économiques, de la presse et de l’armée ont choisi l’Allemagne nazie contre l’URSS, conduisant la France à la défaite de 1940. Plutôt Hitler que le Front populaire
disait la bourgeoisie à l’époque…