Depuis plusieurs jours, la campagne électorale est parasitée par la question de l'identité nationale. Avec sa proposition d'un ministère du même nom lié à l'immigration, le candidat de l'UMP tire une nouvelle fois le débat sur les franges extrêmes de la droite. Je laisserai la parole à l'historien Pierre Nora, qui dans un entretien au Monde du 17 mars réagissait en ces termes à cette proposition:
Parler ouvertement des problèmes de l'immigration et lancer une discussion sur le thème de l'identité nationale sont deux choses excellentes. Mais les lier est soit un calcul, soit une maladresse, soit une idée à courte vue, car l'ébranlement de l'identité nationale n'est pas lié seulement, loin de là, à l'immigration. Il tient à des raisons beaucoup plus vastes et beaucoup plus profondes, même s'il est vrai que l'immigration est concomitante à certains de ces problèmes et sert souvent de bouc émissaire. Parmi les facteurs de crise de l'identité nationale, il y a d'abord la réduction de la puissance de la France depuis la fin de l'empire colonial ; l'altération des paramètres traditionnels de la souveraineté : territoire, frontières, service militaire, monnaie, avec la disparition du franc ; l'insertion dans un espace européen où la puissance moyenne est ravalée au rang des autres, l'affaiblissement du pouvoir d'Etat qui a été, en France, une dimension fondamentale de la conscience nationale, la poussée décentralisatrice.
Le plus stupéfiant, c'est que quelques jours après la proposition de Sarkozy, Ségolène Royal se soit crue obligée d'en rajouter, proposant de pavoiser aux couleurs tricolores nos balcons pour le 14 juillet. Ce n'est pas, je crois, ce que les électeurs de gauche et les milieux populaires, attendent.
On peut s'interroger sur cette diversion cocardière lancée par les deux candidats. La politique menée depuis plusieurs années, a désespéré de nombreuses personnes, notamment des jeunes, parce qu'au lieu d'honorer la promesse sociale de la République, elle a creusé les inégalités, litière de tous les communautarismes. Cette même politique libérale, qui a relégué dans des quartiers délabrés, des populations entières, victimes de discrimination, de pauvreté et d'exclusion. Les mêmes qui aujourd'hui se veulent toujours plus patriotes, ont toléré ou justifié les délocalisations et les privatisations, pour servir des intérêts avant tout financier d'un capitalisme mondialisé. Ce sont les mêmes qui promeuvent une Europe toujours plus éloignée du pouvoir de contrôle des citoyens.
Je pense qu'il faut des symboles à la République qui retrouvent du sens, qui s'incarnent dans des valeurs que l'on fait vivre, pour que tous se les approprient. Loin d'un chauvinisme malsain, l'amour de la République doit se conjuguer avec celui de la nation comme communauté de citoyens souverains, de toutes origines, avec ce sentiment d'un destin commun, autour des valeurs universelles de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. Il n'y a pas en l'occurrence, de meilleur programme électoral.