De retour d'un voyage en Israël et en Palestine, je passe d'une réalité à une autre. Je livre ici quelques unes de mes impressions qui sont celles d'un simple touriste.

Je suis parti visiter cette région du monde, ses sites remarquables et rencontrer des gens de toutes parts.

C'est une région magnifique, riche, malheureusement lacérée par un conflit qui s'éternise.

J'ai découvert une société dynamique en Israël, jeune, pleine de ressources et de potentiel, mais minée par la situation politique. L'obsession sécuritaire, la militarisation importante de la société nous rappelle sans cesse le conflit. Des échanges que j'ai eus avec des Israéliens ressortent les débats qui traversent la société. Certains sont de farouches partisans d'une fuite en avant guerrière (avec en point de mire l'Iran) et d'une relégation des Arabes aux confins de la région, d'autres sont animés d'un sentiment de grande lassitude face à la situation et par les préoccupations sociales.

Côté palestinien, tout semble figé. Le chômage est important. Parqués dans des lambeaux de terres en Cisjordanie, coincés entre le mur de protection et les colonies, les Palestiniens semblent résignés et dans l'attente. L'Etat palestinien se manifeste par la présence d'une police plutôt affable. Les forces progressistes sont bien présentes à Ramallah et dans sa région, ce qui me rassure. On est loin des clichés véhiculés en Occident sur des Palestiniens fanatiques et intégristes. Ici, en Cisjordanie, malgré les difficultés sociales et économiques, on sent la mesure et une grande ouverture aux autres. Chrétiens et musulmans semblent vivre en harmonie.

Je suis accueilli chaleureusement au tombeau de Yasser Arafat par des gardes qui serrent la main aux touristes venus sur ce site. Etonnant.

Je découvre ému, les portraits de Mahmoud Darwich, l'immense poète palestinien sur les murs de Ramallah. La culture est un élément de résistance à l'oppression.

Les étoiles n’avaient qu’un rôle :

M’apprendre à lire

J’ai une langue dans le ciel

Et sur terre, j’ai une langue

Qui suis-je ? Qui suis-je ?

(Dispositions poétiques, Mahmoud Darwich)

Je rencontre Rima, une Palestinienne qui s'est occupée des réfugiés en Jordanie dans le passé et qui suit les enfants des rues de Ramallah. Elle me parle en anglais, en français, en italien, attrape des phrases à la volée qu'elle cherche à traduire, prend un mot et le tord, philosophe avec. Une espèce de poétesse en somme. Une figure originale du quartier ancien de Ramallah.

La tension est là. Au check point entre Ramallah et Jérusalem, que franchissent quelques Palestiniens autorisés et une poignée de touristes dont moi, les cris d'une jeune militaire israélienne dans son hygiaphone au son saturé en rajoutent à l'humiliation subie par ceux qui doivent se plier aux contrôles quotidiens. Un père âgé et ses enfants en font les frais, obligés de patienter de longues minutes avant que la jeune femme en uniforme, ne les autorise à franchir un portique de sécurité. Au check point de Bethléem, plusieurs dizaines de taxis s'impatientent. Les chauffeurs vous proposent le grand tour, camp de réfugiés et visite du mur compris. Tourisme de guerre.

Le mur est une nécessité me dit un israélien rencontré à Jérusalem avec qui je bois un café. Il n'y a plus d'attentats depuis sa construction. Mais il admet que la colonisation qui se poursuit en Cisjordanie, le contrôle des routes, des rives du Jourdain et de la Mer Morte par Israël rendent impossible la paix à terme. Quel avenir en effet pour un peuple comprimé entre le mur et les implantations israéliennes? lui fais-je remarquer. Il acquiesce.

Je reviens convaincu qu'ici, nous devons accroître notre solidarité avec la Palestine et avec ceux qui, en Israël, se battent pour la reconnaissance d'un Etat palestinien viable et la fin de la colonisation. Il n'y a pas d'avenir dans l'engrenage sécuritaire et guerrier du gouvernement israélien.

Il nous faut agir pour que la France et l'Union européenne fassent pression sur le gouvernement israélien pour démanteler les colonies en Cisjordanie et déserrer l'étau sur Gaza. Il y a urgence si nous ne voulons pas condamner le peuple palestinien au repli vers les forces obscurantistes qui guettent et sont déjà à l'œuvre à Gaza. Je reviens convaincu qu'il y a un avenir pour deux Etats sur la même terre, et qu'il faut redonner de l'espoir d'un côté comme de l'autre.