Une part de rêve s'en va

La disparition de Jean Linard crée un grand vide. Artiste, céramiste, graveur, mais avant tout poète, l'homme des bois de Neuvy-deux-Clochers, à la silhouette voutée et échevelée nous a quitté mercredi. Une figure de notre département s'en va. Une part de rêve aussi. Sa cathédrale à ciel ouvert fut sa grande oeuvre, pleine de cette innocence créatrice qu'il prêtait aux gamins, dont il disait qu'après 10 ans, ils avaient perdu de ce génie enfantin qui semblait l'habiter encore.

Une part d'innocence aussi

La nouvelle est tombée comme un coup de trique ce matin. A l'heure du laitier, Irina, Ivan son compagnon et Nadia, la fille d'Irina âgée de 13 ans (deuxième en partant de la gauche sur la photo), ont été cueillis au foyer Saint François. Ils sont à Moscou ce soir. En moins de vingt quatre heures, c'était réglé. La grand mère de Nadia, elle aussi au Foyer Saint François, n'a même pas été réveillée pour dire au revoir à ses enfants. Elle reste seule en France, sans parler la langue et très gravement malade (c'est d'ailleurs à ce titre qu'elle peut rester en France). J'avais fait connaissance de cette famille lors du parrainage à Marçais où je parrainais une autre famille.

A l'issue de la manifestation qui réunissait ce soir une soixantaine de personnes à l'appel du RESF 18, j'ai rencontré avec une délégation le secrétaire général de la Préfecture. Droit dans ses bottes, drapé dans la légalité républicaine, il a justifié froidement sa décision de faire procéder à cette expulsion. Je lui ai opposé la possibilité qu'avait le préfet de procéder à une régularisation à titre humanitaire, compte tenu de la situation de la grand mère de Nadia. La morale républicaine le permet même au regard des lois les plus restrictives.

Nadia ne fera pas lundi sa rentrée au Collège Victor Hugo. Il y aura une chaise vide dans sa classe et nul doute que ses enseignants auront les plus grandes difficultés à justifier cette absence.