En compagnie de Catherine Penrath, nouvelle conseillère régionale, et de Jean-Michel Guérineau, vice président du Conseil général, j'ai lancé ce matin la campagne de la section de Bourges du PCF sur les retraites.

Voilà les arguments que j'ai développés.

C'est un véritable combat de société qui s'ouvre. Projet contre projet contre ce qui s'annonce comme un recul de civilisation doublé d'un mensonge et d'une escroquerie.

J'ai rappelé que le véritable objectif de la droite est de diminuer les pensions dans le prolongement des « réformes » menées depuis 1993 (réforme Balladur). Le bilan de ces réformes aggravées par celles de Fillon est pitoyable: baisse du niveau des pensions d'environ 20%, aggravation des inégalités entre hommes et femmes. Une récente étude vient d'établir que le niveau moyen des pensions touchées par les femmes en 2008 était de 825 euros. 50% des retraités touchent moins de 1000€, 1 millions sont sous le seuil de pauvreté. Sarkozy et le MEDEF veulent poursuivre sur cette lancée qui est un pourtant échec.

Cette politique s'inscrit dans une orientation libérale à l'échelle de l'Europe qui consiste à agir sur l'âge de la retraite pour la repousser, la durée de cotisation requise pour l'accroître et le niveau des pensions pour les réduire, tout en continuant à faire payer aux salariés les conséquences de la crise économique.

En réduisant les pensions et en prolongeant la durée de cotisation, la droite veut détourner les cotisations vers l'épargne comme le préconise le FMI, vers les fonds spéculatifs nourris par les assurances privées et les banques qui proposent de plus en plus de produits financiers (retraites complémentaires). Le FMI estime « qu’un ­système de retraite par répartition peut ­déprimer l’épargne nationale, parce qu’il crée de la sécurité dans le corps social».

Sarkozy et le MEDEF nous emmène dans le mur. Beaucoup de fonds de pensions sont au bord de la faillite (étude BNP Paribas – 3900 milliards d'€ dans la crise 2008-2009) et on sait où mène la spéculation.

L'objectif réel est de faire partir au même âge les travailleurs avec des pensions plus faibles mais avec une retraite complémentaire souscrite auprès d'une assurance ou d'une banque. La vérité est de dire que six salariés sur dix sont hors emploi ( chômage, invalidité, inactivité ou dispense de recherche d'emploi) au moment d'arriver à la retraite. Faire croire qu'on veut repousser l'âge de départ est un mensonge et une négation de la réalité du marché du travail.

Ils veulent nous faire JOUER NOS RETRAITES EN BOURSE ET SUR LES MARCHES FINANCIERS

La réforme des retraites est un choix politique et non démographique ou économique comme l'affirme le gouvernement. Elle repose sur une intoxication de l'opinion à coup de campagnes médiatiques (5 millions d'€) qui distillent des mensonges, entretient le catastrophisme.

Les mensonges démographiques

« l'espérance de vie augmente, c'est normal de travailler plus »

« les jeunes ne pourront pas financer les pensions des futurs retraités, il faut donc que ces derniers travaillent plus longtemps »,

« il y aura trop de retraités et pas assez d'actifs »... Voilà ce qu'on entend.

L'allongement de l'espérance de vie révèle l'état sanitaire d'un pays. Il faut s'en féliciter et non s'en plaindre. Tous les démographes disent que l'allongement de l'espérance de vie n'est pas extensible. Si le nombre de retraités augmente aujourd'hui et depuis vingt ans, c'est parce que la génération du baby boom arrive à plus de 60 ans. On sait qu'après viennent les classes creuses nées dans les années 70 à 90, moins nombreuses. On sait aussi que depuis les années 2000, on assiste à un baby boom en France. Méfions nous donc des conclusions démographiques hâtives. Pas d'évolution linéaire en démographie. On peut aussi douter des prévisions économiques à 50 ans (qui aurait pu prévoir en 1970 les transformations économiques et sociales des années 2000)

Les mensonges économiques:

On nous veut nous faire croire que les caisses sont vides. La faute à qui?

Au chômage de masse qui s'est installé depuis plus de vingt ans.

Aux exonérations de cotisations patronales: exonérations des cotisations accordées par le gouvernement aux entreprises, qui pénalisent les budgets sociaux de 32 milliards d'euros et privent le système des retraites de près de 10 milliards. Exonérations qui ne créent pas d'emplois.

A la rémunération du capital. En trente ans, la rétribution du travail dans la richesse nationale a baissé de 10% (170milliards d’euros). Parallèlement, les dividendes versés aux actionnaires sont passés de 3,2% du PIB en 1982, à 8,5% en 2009.

Un chiffre : si notre pays, dans les 40 prochaines années, a un taux de progression de ses richesses à un rythme de 1,7% - ce qui constitue un taux de croissance modéré, la richesse doublera. Elle passera donc de 1700 milliards d'euros à environ 3400 milliards. Sur une même période, les besoins de ressources supplémentaires pour financer les retraites sans les dispositions des « réformes » Balladur et Fillon seraient d'un peu plus de 200 milliards, soit 6% du PIB. Les manipulations pour truquer les termes du débat ne feront pas dans la finesse. Sitôt les premières prévisions chiffrées du COR connues, les sites d'information ont donné le calcul des déficits cumulés des retraites d'ici 2050. Sans recettes nouvelles, il atteindrait 2 600 milliards d'euros. Un très gros chèque en effet. Mais, ce que le rapport ne donne pas, c'est le PIB cumulé sur la même période : 120 000 milliards d'euros, il y a de quoi faire pour le financement de la protection sociale dont le gouvernement préfère organiser la vente à la découpe.

Enfin la France est un pays très riche: les ménages les plus aisés disposent tous les deux jours de ce que gagne en une année un travailleur payé au SMIC. Bouclier fiscal, stock options,parachutes dorés, explosion des rémunération des dirigeants des grands groupes nourrissent ce parasitisme social.

La campagne du gouvernement est donc une escroquerie.

Les propositions du PCF

Financer ou non la protection sociale est un choix politique.

Nous faisons le choix de financer l'allongement de la durée de la vie. C'est un enjeu de civilisation: tout est fait pour que l'on considère l'allongement de l'espérance de vie comme un handicap alors que c'est un atout. Nous refusons de culpabiliser les personnes qui vieillissent (comme le gouvernement essaie de culpabiliser les malades) parce qu'elles sont une richesse. Nous voulons valoriser cette période de la retraite parce qu'elle génère des emplois, de l'activité dans les services, qu'elle crée du lien par l'investissement des retraités dans la vie associative. Le MEDEF prône la société du risque; nous nous battons pour une société solidaire de liberté et de sécurité. Notre modèle est à l'opposé de celui du MEDEF et des milieux financiers.

- Restauration du droit pour tous à la retraite pleine et entière à 60 ans avec 37,5 annuités validées - Droit au départ anticipé à partir de 55 ans pour celles et ceux ayant commencé à travailler tôt, ainsi que pour celles et ceux ayant été astreints à des travaux pénibles. - Les années d’études et de formation à partir de 18 ans doivent être validées comme périodes assimilées et prises en compte pour le calcul des droits à la retraite. Ce choix politique repose sur une question fondamentale: élargir les recettes plutôt que de ponctionner toujours les mêmes. Il n'y a pas de solution favorable au bien être des individus en dehors du choix que nous faisons.

Concrètement, nous proposons pour financer ces mesures:

- L’augmentation et la modulation des cotisations des entreprises en fonction du rapport entre la valeur ajoutée et la part de celle- ci affectée aux salaires et à la création d’emplois. La prise en compte de ce critère devrait se traduire par une augmentation du taux de cotisations des entreprises qui pratiquent une politique salariale au moindre coût, qui délocalisent leurs activités et suppriment des emplois, qui privilégient les placements financiers dans l’aff ectation de leurs profits au détriment des salaires, des investissements productifs et de l’emploi.A l’inverse, les entreprises de main- d’oeuvre, celles réalisant des investissements créateurs d’emplois, celles qui développent l’accès de leurs salariés à une formation qualifiante, pourraient voir baisser le taux de leurs cotisations.

- Le prélèvement sur les revenus financiers des entreprises et des banques, (jusqu’ici exemptés de toute contribution au financement de la protection sociale, y compris des retraites), de cotisations au même taux que celles prélevées sur les salaires.

- La suppression des exonérations de cotisations sociales largement prodiguées aux entreprises et reconnues sans effet réel sur l’emploi.

- Le paiement aux caisses de retraites et à la sécurité sociale des dettes des entreprises et de l’Etat.

- Le prélèvement des cotisations sur tous les éléments de rémunération (heures supplémentaires, primes d’intéressement et de participation, stock- options).

L'action

Pas de compromis possible avec la contre réforme qui va nous être proposée au début de l'été ni sur l'âge de départ à la retraite, ni sur la baisse des pensions.

Deux mois pour faire reculer le gouvernement et lui imposer d'autres choix.

Comme force politique, notre rôle est d'aider à la prise de conscience, à éclairer sur les enjeux, à aider au développement des luttes.

Il n'est pas de nous substituer aux organisations syndicales. Il faut qu'un fort mouvement social se développe dans les entreprises et les services publics, par la grève et les manifestations comme en 1995 pour faire reculer le gouvernement.

La conférence de presse s'est conclue par un appel à participer massivement aux manifestations du 1er mai.