J'avais 10 ans le 10 mai 1981 et je me souviens des discussions dans la cour de l'école de Pignoux où j'effectuais mon CM2. Par bribes bien sûr, mais j'ai en mémoire quelques prises de bec entre élèves. Nous reproduisions sans doute les opinions dominantes dans nos familles respectives. La mienne fondait, comme beaucoup, de grands espoirs dans la victoire de la gauche. Et le 10 mai 1981, fut un grand moment de joie.

Des grandes réformes sociales et politiques, on ne retiendra que celles qui ponctuèrent les trois premières années du mandat de Mitterrand, celles où les ministres communistes siégeaient au gouvernement : retraite à 60 ans, 5ème semaine de congés payés, hausse des salaires, abolition de la peine de mort... La suite est connue. La rigueur, l'austérité et finalement l'application docile des dogmes libéraux, qui de Reagan aux Etats-Unis à Thatcher au Royaume-Uni, posaient les fondements de la politique suivie par les gouvernements européens d'aujourd'hui. En aucune manière, la victoire de la gauche le 10 mai 1981 et l'espoir qu'elle suscita ne résument les quatorze années de présidence Mitterrand qui suivirent. La faute du PS en 1983-84 aura été d'appliquer la purge libérale et de se coucher devant les marchés financiers. Rétrospectivement, on mesure combien nous devons à cette époque les grandes désillusions et le recul idéologique qui s'ensuivirent.

Je n'ai aucune nostalgie des années 80 parce qu'elles sont celles de la contre-révolution libérale. La France n'a pas fait exception et je renvoie au très bon livre de François Cusset : La Décennie.

Je suis de ceux qui à gauche, pensent qu'une autre voie est possible que celle qui consiste à accompagner le capitalisme. Il est urgent de préparer l'alternative en rassemblant la gauche autour d''un projet qui affronte les marchés financiers.