Avant la grande mobilisation qui avait lieu à Bourges contre la xénophobie et la politique du pilori (j'y reviendrai), s'est tenue la cérémonie d'hommage aux 150 communistes du Cher morts sous la torture, fusillés, déportés ou dans les combats de la Libération. Je reproduis ci dessous le discours que j'ai prononcé à cette l'occasion.
Mesdames, messieurs, chers amis, chers camarades,
Voilà 66 ans, la France se libérait de quatre années d'ocupation nazie et d'un régime qui avait mis fin à la République, plongeant notre pays dans une longue nuit de terreur et de barbarie.
Voilà 66 ans, durant l'été 1944, les combats de la Libération faisaient rage; ils devaient aboutir le 6 septembre à la Libération de Bourges puis du Cher tout entier. Plusieurs mois après, le 8 mai 1945, l'Allemagne hitlérienne capitulait. L'Europe sortait meutrie et traumatisée d'un conflit qui n'eut aucun équivalent dans toute l'Histoire humaine: les déportés survivants des camps de concentration pouvaient enfin rentrer chez eux, ainsi que les prisonniers de guerre et les requis du STO. La République pouvait renaître sur notre sol.
Cette renaissance avec la Libération, nous la devons aux armées alliées états-unienne, canadienne, anglaise. Nous la devons à l'Armée rouge soviétique qui paya le plus lourd tribut dans les combats pour la libération de l'Europe et dont les offensives furent décisives pour la victoire finale.
Nous devons cette renaissance, à ces Français et à ces étrangers vivant sur notre sol, qui se sont organisés pour résister, au cœur d'un pays occupé par l'Allemagne nazie et dirigé par les traîtres et collaborateurs français.
Nous devons cette renaissance, à celles et ceux qui ont rejoint le général De Gaulle pour former les Forces Françaises libres.
Nous devons cette renaissance aussi, et ne l'oublions pas, à ces milliers d'anonymes qui ont caché et aidé des résistants pourchassés ou qui ont porté secours au péril de leur vie, aux enfants juifs ou à des familles juives, les soustrayant à la déportation vers les centres de mise à mort.
Parmi ces résistants, il y a les communistes. Dès 1940, contraints de se réorganiser dans la clandestinité, les communistes ont été à l'avant garde et au premier rang du combat pour la liberté, pour l'indépendance et la souveraineté nationale.
Comme le notait en décembre 1940 le préfet du Cher: « le PCF dans le Cher est la seule organisation politique faisant preuve d’une activité qui ne soit pas individuelle et isolée ».
Parmi tous les communistes qui se sont mobilisés contre l'occupant et ses valets, il y a ceux dont les noms figurent ici sur cette stèle. Impressionnante liste en vérité, qui témoigne de l'ampleur du sacrifice des militants communistes.
Parmi eux je citerai André Giraudon, Lucien Chailloux, Jacques Massé, Jean Loth, Jacques Rivet, Maurice Lelièvre, Roger Leclerc, Roger Thebault, puis Gabriel Godard, André Bavouzet, Marcel Bidaud fusillés en 1942. Rappelons la mémoire d'Albert Kayser, Louis Buvat, Roger Rivet et plusieurs autres camarades du Cher déportés la même année à Auschwitz où les nazis les firent périr immédiatement; celles de Louis Chevrin, Roger Melnick, Henri Jacquet, Girardot, Antonin Lérault, fusillés en 1943, et de tous ceux, hommes et femmes dont les noms sont devant nous.
Que cet hommage soit aussi l'occasion de saluer celles et ceux qui ont repris le flambeau et qui ont survécu à cette période. Le PCF peut s'enorgueillir d'avoir compté dans ses rangs tant de femmes et d'hommes, amoureux de vivre à en mourir. Et nous sommes fiers de compter parmi nous des camarades comme Pierre Ferdonnet, Maurice Renaudat, Henri Diaz. Puissent-ils encore longtemps nous faire partager leur vécu et leur expérience.
Toutes ces femmes, tous ces hommes, souvent jeunes voire très jeunes à l'époque, ne pouvaient supporter de voir leur liberté entravée, leur patrie profanée, la Républqiue bafouée. Comme communistes, ils avaient eu à organiser la solidarité avec les Allemands fuyant le nazisme dans les années 30, ils avaient directement ou indirectement apporté leur assistance à la République espagnole à partir de 1936. Ils avaient combattu les forces qui en France rêvaient d'un ordre nouveau en Europe et qui virent à l'occasion de la débâcle, leur heure arriver pour se débarrasser de la République.
Car rappelons le, le grand patronat français, servi par des politiciens sans scrupules, avait fait le choix de la défaite il y a 70 ans. Ils l'ont fait car ils y voyaient l'occasion de se débarasser des conquêtes ouvrières du Front populaire. Comment ne pas rappeler qu'il y a 70 ans, l'Assemblée nationale le 10 juillet 1940 votait les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain à l'exception de 80 parlementaires et des élus communistes déchus de leur mandat.
Comment aujourd'hui ne pas s'inquiéter de voir ressurgir au plus haut sommet de l'Etat, les discours stigmatisant des catégories entières de population. Comment ne pas penser aux législations d'exception mise en place par Vichy, lorsqu'un Président de la République (j'ose à peine prononcer sa fonction tant les mesures annoncées apparaissent anti républicaines), propose d'étendre la déchéance de nationalité française, en assimilant immigration et délinquance, créant ainsi différentes catégories de citoyens, en mettant au pilori les Rroms et les « gens du voyage ». La France, qui n'a toujours pas reconnu les persécutions qu'elle a fait subir à ces populations, cette France là s'assombrit de nouveau. Son image à l'étranger se ternit.
Comment le même président, qui avait placé son mandat sous les auspices de Guy Môquet et du maquis des Glières, peut-il à ce point trahir l'esprit de la Résistance, une Résistance qui su s'unir dans un Conseil national qui avait au coeur de son projet pour la France la République sociale et fraternelle, faite de progrès partagé par tous.
Mais nous n'oublions pas non plus que Nicolas Sarkozy a inauguré son mandat au Fouquet's avec la fine fleur du patronat et du monde des affaires. Toute la politique qu'il conduit n'a qu'un seul but: détricoter, je dirai même saccager, les conquêtes économiques et sociales de la Libération, issues du programme du Conseil national de la Résistance et de la politique conduite par les ministres communistes à la Libération. Nicolas Sarkozy veut rendre aux possédants ce que le monde du travail a pu lui arracher au siècle dernier.
L'offensive menée cet été par la majorité du président a comme but de remodeler la société française, de semer la division et la haine pour éviter au peuple de demander des comptes à la petite minorité qui possède tout et qui est la vraie responsable des difficultés que nos concitoyens traversent. Elle a pour objectif de dresser les travailleurs français contre les travailleurs immigrés, les pauvres contre les plus pauvres, les exploités contre les plus exploités pour faire oublier les collusions entre le monde des affaires et les forces conservatrices.
Alors, aujourd'hui comme hier, les communistes sont au premier rang pour défendre les conquêtes arrachées dans les luttes et dans les combats du XXème siècle. Nous sommes au premier rang pour permettre l'union du peuple pour qu'enfin la devise de la République de Liberté, d'égalité et de fraternité trouve sa traduction concrète et durable dans un nouveau projet pour la France dont le coeur sera la démocratie intégrale tant sur le plan politique qu'économique.
Je vous remercie.